PARTAGE DU COEUR

L'amour plus grand

2 MARS 2026 | PARTAGE DU COEUR

L'Amour plus grand

On parle souvent de la naissance d’un enfant. On parle moins de la transformation intérieure de celle qui devient mère.

Jamais avant de devenir mère je n’avais ressenti avec autant d’intensité la présence de la mort dans ma vie. Je n’avais pas imaginé ce basculement, ni à quel point la maternité me rapprocherait de ma propre mortalité.

Il y a d’abord cette vigilance animale, cet instinct viscéral qui me met au contact de la louve en moi. Celle qui protège son louveteau et s’assure que sa meute soit en sécurité. Il y a quelques jours j’ai été aux premières loges d’un accident sur l’autoroute qui a bloqué le trafic toute la journée. Mon fils était à l’arrière avec moi dans la voiture. L’espace d’un instant le temps s’est arrêté lorsque j’ai vu le poids lourd dévier de sa route. L’instant d’après, mon regard scrutait les véhicules derrière moi pour m’assurer que personne ne me percute. Une fois le danger écarté, mon corps s’est mis à trembler, exactement comme le font les animaux qui survivent à une course poursuite avec un prédateur et qui relâchent ainsi le choc.

Devenir mère c’est aussi entrer dans la lignée, dans la chaine des générations.

Et puis, il y a un contact plus silencieux, plus subtil à la mort. Devenir mère c’est aussi entrer dans la lignée, dans la chaine des générations. Chaque nouvelle compétence que mon enfant acquiert me bouleverse. Aujourd’hui, il a trois mois. Il gazouille et babille et c’est tendrement merveilleux d’être témoin de cette pure vie qui se déploie.

Et pourtant, chaque micro-transformation est une perte minuscule de ce qui ne reviendra pas. Le nouveau-né d’hier n’existe déjà plus. Il se transforme sous mes yeux, à son rythme. Le temps devient tangible et me renvoie à ma propre finitude. Il me rappelle que chaque jour passé est un jour de moins qu’il me reste avec lui et son père. Mais c’est aussi un jour qui s’inscrit dans quelque chose de plus vaste, la continuité de la vie, de ce souffle qui se transmet. L’accompagner dans la vie, c’est participer à cette chaîne qui me dépasse.

Il me rappelle aussi mes propres parents, qui ont eux aussi été témoin de mon développement et ont dû accepter de laisser mourir des parts d’eux-mêmes pour continuer à me voir grandir, fleurir.

La vie et la mort ne s’opposent pas, elles dansent ensemble.

Plus largement, dans mon parcours, j’observe qu’à chaque fois que je ressens cette force de vie me pousser à aller au-delà, à me métamorphoser, pour m’approcher à nouveau de ma vérité de l’instant, je dis aussi oui à la mort, à cette part de moi que je laisse disparaitre et qui n’est déjà plus.

Pourtant, ce qui a été transmis ne disparaît pas mais se transforme. Les formes passent, mais quelque chose demeure: la résonance d’une présence qui dépasse ma seule existence. Je pose le mot Amour. Celui qui embrasse tout, qui contient tout, même la mort.

La vie et la mort sont indissociables. Non pas dans une pensée dramatique, mais dans une lucidité presque lumineuse. La vie et la mort ne s’opposent pas, elles sont complices et dansent ensemble. Plus je suis au contact de la vie, plus je suis au contact de sa compagne, la mort. C’est effrayant, extraordinaire et ordinaire à la fois.

La vie, cette roue qui tourne, encore et encore, et qui continue de m’enseigner l’amour plus grand à chaque traversée.

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